Être bibliothécaire référent public ados au sein d’un réseau de médiathèques

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Retour sur 13 années de médiation auprès du public ados avec Anne-Sophie Margry, bibliothécaire responsable de la médiathèque de Saint-Hilaire-des-Landes et référente public ados pour le réseau des bibliothèques de Couesnon Marches de Bretagne

Des débuts avec le Prix Ados

L’aventure d’Anne-Sophie Margry avec le public ados commence en 2008, lorsqu’elle arrive à la médiathèque de Saint-Hilaire-des-Landes. Anne-Sophie prend alors en charge l’acquisition des romans ados. De là, débute un partenariat avec les CDI des collèges, privé et public, de Saint-Brice-en-Coglès, autour du Prix Ados. Les interventions se font auprès des classes de 4ème et 3ème, des rencontres avec des auteurs nominés sont organisées et des échanges réguliers entre élèves sont programmés pendant toute la durée du prix. Anne-Sophie prend déjà conscience de certaines spécificités de ce public : la nécessité de les solliciter, d’aller vers eux pour ne pas que leur participation« s’essouffle », leur donner envie de lire, encore plus, pour qu’ils deviennent prescripteurs, à leur tour, auprès de leurs camarades de classe. Les ados : « pas facile de les faire discuter, surtout quand ça reste dans le domaine scolaire ».

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Un partenariat avec les espaces jeunes qui se développe

La situation évolue en 2015 avec la création de l’espace jeunes Cogl’ados (Saint-Brice-en-Coglès) qui accueille des adolescents de 11 à 17 ans. Un partenariat se met en place facilement, les différentes personnes impliquées travaillant au sein de la même communauté de communes (Coglais Marches de Bretagne à l’époque). Anne-Sophie laisse alors l’animation du Prix Ados aux documentalistes des collèges pour se focaliser sur des actions « moins scolaires », qui seront proposées aux ados sur leur temps de loisirs. Ses « armes » pour attirer les ados en médiathèque ? Les ressources numériques. En d’autres termes : « être là où sont déjà les ados ».

En 2017, la création de l’EPCI Couesnon Marches de Bretagne, issu de la fusion de deux communautés de communes, va donner une plus grande ampleur à ce rôle de référent : Anne-Sophie est alors susceptible d’intervenir auprès de 4 collèges et de 2 espaces jeunes.

Pour les espaces jeunes, les animations s’organisent ainsi : tous les jeudi matin, pendant les vacances scolaires, Anne-Sophie accueille au sein de la médiathèque les ados d’un des deux services jeunesse (par exemple Cogl’ais à Maen Roch), pendant que l’autre groupe (par exemple Ados-explorers à Antrain) est en visite libre dans l’autre médiathèque. La semaine suivante, les groupes échangent. Lors de ces « visites libres », les ados ont accès librement aux ordinateurs, tablettes et jeux vidéo.

Au fil des années, Anne-Sophie a proposé un grand nombre d’activités : atelier création de BD (avec des applications sur tablette), sleeveface, montage photos, cinéma d’animation, escape game, … Mais aussi des activités « hors les murs », en librairie par exemple, pour que les jeunes puissent choisir les prochaines acquisitions. Lors des ateliers, la bibliothécaire essaye toujours de croiser un maximum de supports : livres, BD, jeux, ressources numériques, etc.

Une réussite au final : les ateliers accueillent autant de filles que de garçons, les ados sont « super à l’aise » dans les espaces de la médiathèque, ils s’approprient bien les ressources et reviennent aux ateliers, même quand ils ne savent pas à l’avance ce qu’ils vont y faire. Anne-Sophie se souvient cependant d’une séance ayant moins bien fonctionné, autour du jeu de société Médiasphères. Avec le recul, elle pense que le jeu aurait été mieux accueilli dans un cadre plus « scolaire », en présentation conjointe avec un professeur documentaliste par exemple. En effet, pour ces collaborations avec les espaces jeunes, Anne-Sophie l’assure : « il faut rester dans le ludique », ne pas oublier, qu’après tout, les ados viennent à la médiathèque sur leur temps de vacances.

Des ateliers applis et création numérique pour les collèges

En parallèle, Anne-Sophie a continué d’intervenir dans les collèges, dès 2016 pour les deux établissements de Saint-Brice-en-Coglès, et en 2017 pour ceux d’Antrain et de Tremblay. Ces partenariats s’organisaient autour de « cycles » : la bibliothécaire intervenait dans chacun des 4 établissements sur un cycle court (6 à 7 séances hebdomadaires) entre 2 périodes de vacances scolaires. La participation aux ateliers se faisait sur la base du volontariat, l’engagement des élèves sur l’ensemble des séances étant facilité par le format court des cycles, selon Anne-Sophie. Cela offrait néanmoins la possibilité de mener de véritables projets de création. Les deux premières années, Anne-Sophie a travaillé, avec les élèves, sur la réalisation d’un film d’animation. Elle a ensuite axé ses interventions sur la découverte d’applications. L’objectif était de proposer aux élèves des applications « de qualité », sélectionnés par une bibliothécaire, et différentes de celles dont ils avaient l’habitude. « Les ados ont tendance à aller d’abord vers ce qu’ils connaissent » explique Anne-Sophie.

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Partenariats, nouveautés et numérique : l'équation gagnante

Sa longue expérience lui permet aujourd’hui de dresser un bilan des actions réalisées. Par exemple, si elle devait donner un conseil à un ou une bibliothécaire qui souhaiterait organiser des animations à destination des ados, ce serait celui-ci : « La base c’est avoir des partenaires sur le territoire ». En d’autres termes : identifier les structures qui accueillent déjà des adolescents (collège, espace jeunes, maison des jeunes, etc.) et se rapprocher d’eux pour réfléchir ensemble à ce que l’on peut mettre en place. Travailler avec des partenaires aide en effet à « capter » ce public difficile. « On a moins besoin d’aller les chercher ». Et une fois le partenariat mis en place ? « Proposer des choses, mais en laissant les ados libres de participer ou non, aller vers leurs centres d’intérêt, faire en sorte qu’ils se sentent à l’aise au sein de la médiathèque, qu’ils puissent être partie prenante des activités ». Être à l’écoute, donc, et faire avec eux des bilans sur les ateliers réalisés. L’effet « rendez-vous » est également important, « mais c’est vrai pour tous les publics spécifiques ». Sinon, on l’aura compris, les ressources numériques restent un produit d’appel « sûr » pour faire venir les ados en médiathèque.

Faire de la médiation auprès de ce public demande aussi de se renouveler constamment. C’est d’ailleurs en partie pour cela qu’Anne-Sophie change de casquette à la rentrée, pour prendre celle de référente public petite enfance. Peut-être une impression « d’avoir fait le tour », après toutes ces années ? « C’est bien de passer le relais avant que l’envie ne s’en aille ». Un petit mot de conclusion ? « Je suis contente de ce que j’ai fait : avoir réussi à proposer des activités aussi variées ».